La grêle, un fléau pour l’agriculture

9 juin 2016
Gr%c3%a9le

Interview de Jean-François Berthoumieu,  Directeur de l’ACMG.

La Voix de La Terre : Jean-François Berthoumieu vous avez travaillé depuis l’âge de 20 ans sur la modification du temps. Pouvezvous nous rappeler votre itinéraire et ce que vous pensez de la lutte que le département vient d’engager ?

J’ai effectivement commencé à travailler en 1976 avec des professeurs de Toulouse sur la pluie provoquée en Afrique puis rapidement Marc Leroy m’a fait venir à l’ACMG pour aider à structurer en 1977 la lutte à l’Iodure d’Argent par avion. L’ACMG avait pour conseiller scientifique Guy Goyer, un scientifique Nord-Américain reconnu, qui défendait le principe, comme la plupart aux USA et au Canada, que les noyaux de congélation ( iodure d’argent ) actifs pour transformer l’eau liquide en glace vers -8 à -12°C, ont plus de chances d’arriver au lieu de formation de la grêle par avion que par le sol. Les Russes utilisaient des fusées qui étaient de véritables missiles interdits de vol en France.

Après ma thèse, J’ai travaillé avec lui en Alberta de 1979 à 1980 et c’est là que j’ai eu mes premiers doutes. De 1981 à 1984 Jean-François Poncet avait réussi à obtenir des fonds pour étudier les orages et la grêle de Lot-et-Garonne car en France la plupart des scientifiques réfutaient notre hypothèse. J’ai participé pendant quatre années aux côtés de Météo France et du GNEFA au suivi, d’avril à octobre, de tous les orages avec un radar très performant, 400 grêlimètres répartis tous les 2,5 km et plus de 150 pluviomètres dont 50 enregistreurs.

VT : et la lutte à ce moment-là ?

Elle avait été suspendue fin 1980 afin d’étudier la grêle et les orages naturels.

VT : et qu’avez-vous trouvé ?

Que seuls en moyenne 8 % des orages produisent de la grêle avec jusqu’à 50 % en mars et avril quand l’isotherme 0°C est bas et qu’une grande partie de l’orage se déroule dans la zone à température négative.

Avec le radar, qui observait les orages en volume toutes les 4 minutes, on a été capable de prévoir à l’avance la chute de grêle au sol quelques 5 à 8 minutes à l’avance. C’est là où je me suis rendu compte que le signal de grêle se situait au même niveau et légèrement en dessous du niveau où l’iodure d’argent commençait à être actif. Avec les scientifiques nord américains, français, d’Afrique du Sud et de l’OMM ( Organisation Mondiale de la Météorologie ) à qui j’ai présenté nos résultats, j’en avais conclu que si l’iodure d’argent permet effectivement d’accroître les précipitations de neige, il ne permettait pas de réduire le risque de grêle ou de diminuer la taille des grêlons. Au contraire, il pouvait en augmenter le nombre car le flux d’eau liquide qui monte dans le nuage n’est pas fixe et on avait aussi la certitude que des phénomènes de recyclage sont assez fréquents ( des grêlons de petites tailles sont repris dans le flux ascendant et grossissent
à nouveau avant de chuter au sol ). A mon profond regret la décision à l’époque a été de suspendre la lutte active et de se consacrer à la protection par filets paragrêle et à l’assurance.

VT : Mais vous avez ensuite repris la lutte avec une autre méthode.

C’est vrai qu’à la suite de l’explosion du volcan PINATUBO, l’atmosphère Terrestre s’est brutalement refroidie de 2°C et nous avons subi de 1992 à 1994 de nombreux orages avec une plus forte proportion de grêle vu que justement il faisait plus froid. La profession agricole nous a demandé de recommencer la lutte, au moins pour aider. Comme je ne voulais pas faire dépenser de l’argent public pour rien j’ai demandé à Guy Goyer de me guider vers d’autres solutions qui tiendraient compte de ce que nous avions trouvé. Effectivement, en Afrique du Sud, Graeme Mather avait démontré qu’une usine de pâte à papier modifiait les orages en faisant baisser l’altitude du centre de gravité des orages. Or c’était justement ce que l’on avait vu avec la grêle. Les orages qui ont un centre de gravité haut ont plus de probabilité de fabriquer de la grêle que ceux qui l’ont bas.

De 1994 à 2003, on a donc testé la méthode des sels hygroscopiques avec du chlorure de calcium. Ces noyaux de condensation accélèrent la formation de la pluie qui tombe vers le sol en plus grande quantité avant de monter là où elle se serait transformée en grêle. On a fait du tirage au sort pour avoir des orages traités et non traités car connaissant le faible risque de grêle on savait qu’il était facile de faire croire que l’on avait protégé alors que naturellement l’orage ne produirait pas de grêle. Et pour les cas où il grêle pour de bon les réponses pouvaient être : on est arrivé trop tard ! On n’avait plus de torches ! On n’avait pas été prévenu ! Et pour les plus optimistes : sans traitement cela aurait pu être pire !

VT : Mais vous avez quand même arrêté cette méthode de lutte.

Oui pour quatre raisons : la première scientifique car même quand cela semblait « marcher » il restait le doute d’avoir traité un orage non grêligène, la seconde parce que les financements ne permettaient pas d’assurer un travail de qualité en sécurité, la troisième parce que l’on ne savait pas traiter les orages de nuit car tout était en visuel ( aujourd’hui il y aurait les drones ) et les orages de nuit représentent environ 30 % des cas, et enfin parce que certains de nos voisins du Lot étaient persuadés que l’on volait leur eau de pluie. Ils ont plusieurs fois bloqué l’avion au décollage de Castelsarrasin.

VT : Et donc aujourd’hui que pensez vous du programme de la Chambre.

Je comprends le désarroi quand une culture est détruite par la grêle et c’est humain de tenter de faire quelque chose. J’ai proposé au directeur de mettre nos compétences à sa disposition de manière à réaliser un contrôle, en évitant qu’il soit à charge, sur leur travail. Un projet est en discussion. La première chose est de recenser les précipitations des orages et la présence ou non de grêle. Pour cela on va proposer à tous les agriculteurs et aux gens concernés d’installer une bâche noire d’environ 1 m² au sol et de photographier le résultat, de noter l’heure du cliché, le lieu et d’envoyer par mail sur une adresse avec des informations complémentaires.

La seconde est de suivre quelques évènements orageux avec ou sans grêle de manière à vérifier si les critères des années 80 sont toujours d’actualité. Notre radar d’Agen en complément de ceux de Météo France de Bordeaux et Toulouse peut faire cela de manière automatique. Il restera ensuite à analyser ces situations en invitant des scientifiques « neutres » pour voir si ce que nous avions compris en 1984 est toujours d’actualité ou pas.

La grêle qui s’est abattue il y a quelques jours dans la région de Cognac, sur un secteur en lutte, me laisse croire que c’est malheureusement toujours pareil.

Intempéries : solidarité de la FNSEA

Les pluies diluviennes de ces derniers jours provoquant crues et inondations importantes au sein des territoires constituent une situation grave pour bon nombre de concitoyens. Dans ce contexte difficile, la FNSEA a souhaité apporter toute sa solidarité aux populations touchées, dès le 1er juin. Concernant le secteur agricole, le syndicat soutient les agriculteurs ayant subi les épisodes de grêle et de pluies causant des dégâts considérables sur leurs cultures et leurs bâtiments. « L’état de catastrophe naturelle doit être prononcé le plus rapidement possible dans les zones touchées ». Des exonérations, sur les taxes foncières par exemple, doivent également être envisagées. Du côté du gouvernement, le ministre Stéphane Le Foll assure faire le nécessaire pour venir en aide aux agriculteurs. Un recensement des dommages par l’Etat sera mis en œuvre dès que possible et le ministère demande aux producteurs de « se mettre en ordre de marche » en vue d’une prise en charge par le Fonds national de gestion des risques en agriculture ( FNGRA ) des dommages « liés à des pertes de fonds ( dommages aux sols, nettoyage des détritus par exemple ) ainsi que des pertes de récolte sur les cultures éligibles aux calamités ». La prise en charge sera appliquée après étude par le Comité national de gestion des risques en agriculture.

Suite aux violents orages des 27 et 28 mai, dans les vignobles du Cognac, du Beaujolais et du Chablis, la FNSEA « demande au Gouvernement que tout soit fait afin que les processus d’accompagnement puissent être enclenchés » et estime que « la seule mesure qui convienne » est « l’état de catastrophe naturelle pour les zones concernées », une mesure nécessaire aussi pour « garder le cap et l’espoir ».

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