Après-quota : du lait oui, mais pas à n’importe quel prix

10 mars 2016
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Les principaux représentants de la filière laitière française se sont réunis le jeudi 25 février pour établir un état des lieux de l’après-quota instauré depuis près d’un an. L’efficacité du système de contractualisation et le besoin de réorganiser la filière pour renforcer le poids des producteurs ont été débattus. Dans la foulée le même jour, les acteurs de la filière ont été reçus par le Premier ministre, Manuel Valls, en présence des ministres de l’Agriculture et de l’Economie.

Tous les acteurs de la filière laitière présents le jeudi 25 février, à l’initiative de l’Association française des journalistes agri­coles ( Afja ), s’accordent sur le diagnostic de la crise, à savoir l’embargo russe et les croissances chinoise et mondiale en berne. La surproduction en conséquence directe, s’est traduite pour les éle­veurs par une perte sèche de 50 à 60 euros la tonne. Une situation jugée « catastrophique » pour des producteurs au bord du gouffre. La grave crise de 2008-2009 avec une forte volatilité des prix avait fait craindre le pire sur l’abandon des quotas en 2015, d’où la mise en place en 2011 d’un dispositif de contractualisation censé garantir « à la fois un revenu et une visibilité pour le producteur » explique Yves Riou, membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux ( CGAAER ) et co-auteur du rapport « Mise en oeuvre de la contractualisation dans la filière laitière française » publié en février 2016. « Ce n’est pas en un an que l’on va mettre en place des relations de confiance et d’efficacité » tempère-t-il.

 

Quelle régulation ?

 

A ce titre, un audit sur la contrac­tualisation avait été commandé l’an passé à la demande de la Fédération nationale des producteurs de lait ( FNPL ) car « le sujet devenait trop passionnel » explique Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, qui aimerait que soit inscrite dans les contrats une limite de production, appliquée par l’ensemble des pays. « Est-ce que ce modèle aujourd’hui a du sens. Dans dix ans, on aura plus de filière laitière en France » s’alarme-t-il. L’année 2016 mar­quera le retour des négociations des contrats, renouvelables tous les cinq ans. Au questionnement légitime posé par le mécanisme de contractualisation, se dresse celui de la place réservée, dans les négociations, aux organisations de producteurs. « La disproportion est forte entre le producteur et l’acheteur » remarque Yves Riou. Un producteur, considéré trop sou­vent comme « une simple variable d’ajustement » dans un rapport de forces déséquilibré.

Thierry Roquefeuil en a d’ailleurs profité pour promouvoir le modèle coopératif au dépend des industriels privés, « il faut que la coopération soit le fer de lance », regrettant tout de même une dynamique des coopéra­tives parfois éloignée des intérêts des producteurs. Côté coopératives, « On nous reproche de ne pas être assez compétitif, et juste après, on nous reproche d’être trop gros », se défend Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières ( FNCL ). A la sortie de la réu­nion avec le Premier ministre le même jour, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, envisageait de légiférer en mars prochain en modifiant la loi de modernisation de l’économie ( LME ) en faveur des producteurs, explique Thierry Roquefeuil, si les négociations commerciales, terminées le 29 février, venaient à évoluer dans le mauvais sens. Une filière laitière française composée de sérieux atouts selon le président de la FNPL, « notre force aujourd’hui est d’être en adéquation avec ce que veulent les consommateurs » estimant que les coûts de production en France restaient compétitifs.

L’Irlande ou les Pays-Bas augmenteront leur production

L’Irlande, basée sur un système entièrement coopératif, et qui espère augmenter sa production de plus de 50 % d’ici 2020, possède un avantage compétitif indéniable : une pousse de l’herbe continue, permise par des conditions cli­matiques optimales. « Le coût de la production est de l’ordre de 26 centimes€/litre, contre plus de 30 centimes€ dans les autres pays » estime Karl Walsh, premier Secrétaire aux Affaires agricoles à l’ambassade d’Irlande à Paris. Le marché du lait remontera à coup sûr, d’après lui, car cyclique, anti­cipant des intérêts offensifs dans le traité transatlantique ( TTIP ). « Aux Etats-Unis, le marché de la poudre pour le sport est expo­nentiel, à l’image de celui pour la poudre infantile en Chine évalué à 40-50 euros le kilo ». L’Irlande tout comme les Pays-Bas ne sont pas en faveur des propositions de régulation des volumes présentées dans le mémorandum par Stéphane Le Foll. Ces pays ambitionnent une solide stratégie à l’export en s’appuyant sur des prévisions de demande croissante en produits laitiers en Amérique, en Afrique et en Asie. 

 

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