L’agriculture, une simple variable d’ajustement ?

9 mars 2016
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Le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur français, Matthias Fekl, et la Commissaire
européenne au Commerce Cécilia Malmström étaient les invités d’un débat public à
l’Université Paris-Dauphine le vendredi 19 février. L’occasion pour les participants,
étudiants, politiques, représentants d’organisations multiples ou simple citoyen, de
partager leurs craintes et interrogations quant aux réels bénéfices des négociations en
cours entre l’Europe et le reste du monde.

D’entrée de jeu, au sujet du traité transatlantique (TTIP) avec les Etats- Unis, la Commissaire européenne au Commerce, Cécilia Malmström, rappelle son enjeu majeur « nous sommes en train de faciliter le commerce avec le partenaire le plus important pour créer plus d’emplois et plus de croissance », lors du débat sur le TTIP, organisé à l’Université Paris-Dauphine, le 19 février. Hors de question selon elle de « se coucher devant les Américains » rappelant que l’UE a aussi des intérêts offensifs à faire valoir.

L’agriculture semble néanmoins constituer une ligne de divergence sévère entre les deux partenaires. « L’agriculture est une des lignes rouges et un des points offensifs des plus importants » confirme Matthias Fekl, secrétaire d’État chargé au Commerce extérieur français, évoquant la fameuse « diplomatie des terroirs ».

Le secrétaire d’État a particulièrement insisté sur l’attention spécifique donnée à ce secteur pour éviter toutes importations de poulet chloré ou de viande hormonée. « Nous n’avons pas la même conception de l’agriculture » déclare-t-il ainsi, s’appuyant sur les appellations géographiques chères à l’Europe qui continuent de bloquer dans les négociations, « les Etats-Unis ne souhaitent même pas en parler ». Ambiance. A ce titre, s’agissant de l’accord passé avec le Canada (Ceta), remarque le secrétaire d’État, une quarantaine d’appellations ont pu ainsi être reconnues.

Maigre consolation semble-t-il lorsque l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) répertorie près de 1 100 produits placés sous le signe d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO, incluant AOC, AOP, IGP, label rouge, Agriculture biologique etc.) en 2014. « Nous sommes bien conscients des sensibilités de l’agriculture européenne » tempère la Commissaire européenne, rappelant qu’il existe « une vraie demande aux USA concernant les produits européens et notamment ceux sous appellation ». L’Europe, selon elle, traverse un moment de « difficultés énormes », mais se doit de ne pas « tomber dans le spleen », avertissant, « nous n’allons pas conclure si le contenu n’est pas bon ». Aucune échéance n’a, à ce jour, été fixée.

En marge, certains participants s’interrogent sur le rapport de force UE/Etats- Unis dans un contexte marqué par la menace de sortie du Royaume-Uni de l’espace communautaire. « Nous sommes à une époque d’imbrication des économies » explique Matthias Fekl, argumentant sur le poids de l’Union européenne au sein de l’économie mondiale, « un quart du PIB mondial, un tiers de son commerce ».

Au cas où le Royaume- Uni envisagerait de s’extirper de l’UE, d’autres voies d’intégration seraient possibles selon Matthias Fekl. « Ce serait une tragédie » a exprimé pour sa part Cecilia Malmström. Quoiqu’il arrive, « ces accords (TTIP et Ceta, ndlr) sont mixtes » indique Matthias Fekl, à savoir qu’ils intègrent les compétences nationales et communautaires. « En France, le dernier mot reviendra au Parlement » conclut-il.

 

Transparence des négociations

 

« Les propositions de l’UE que nous envoyons aux Américains sont pratiquement toutes sur internet », souligne Cécilia Malmström. Au sujet des parties encore tenues à la confidentialité, la Commissaire maintient la nécessité de préserver

le secret pour éviter la moindre perturbation.

Concernant les « documents consolidés » publiés tous les deux mois, à la sortie de chaque round de discussions, des salles de lecture sont mises à la disposition des parlementaires nationaux et européens pour constater des avancées. Pour

autant, il leur est impossible de filmer ou d’en photographier le contenu.

Avant et après chaque rencontre, plusieurs consultations sont coordonnées avec des syndicats, des organisations et

institutions concernées, précise la Commissaire, informant « qu’une fois le texte négocié, et comportant environ 2000 pages, il sera publié pendant presque un an ».

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