La prairie, puissant levier de lutte contre le réchauffement

23 décembre 2015
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Si l’élevage et la production de viande contribuent aux émissions de gaz à effet de serre, le sol et la prairie en particulier constituent de puissantes réserves pour séquestrer du carbone et lutter contre le réchauffement climatique.

A quelques semaines de l’ouverture de la COP 21 sur le changement cli­matique, à Paris, du 30 novembre au 11 décembre, le Centre d’information des viandes ( CIV ), désormais appelé Viande, Sciences et Société vient de publier un nouveau cahier « Elevage de ruminants et production de viande bovine et ovine – Les influences sur le climat ». « Pour la première fois, une synthèse réunit en un seul document tous les chiffres issus d’études scientifiques et d’articles de recherche sur l’influence clima­tique de l’élevage ruminant et de production de viande », annonce Pierre-Michel Rosner, directeur du CIV. En effet, comme toutes les activités humaines, l’élevage de ruminants ( bovins, ovins, caprins ), exerce une influence sur le climat à travers l’émission de gaz à effet de serre ( GES ) à savoir le dioxyde de carbone ( CO2 ), le méthane ( CH4 ) et le protoxyde d’azote ( N20 ) qui, en augmentant leurs concentrations atmosphériques, participent au réchauffement climatique. S’agissant du CO2, l’élevage comme l’agri­culture en général en émet peu. Liées essentiellement à l’utilisation d’énergies sur l’exploitation ( fioul, électricité, gaz ), les émissions de CO2 sont inférieures à 2 %. Pour ce qui est du méthane, il provient essentiellement de la fermentation des végétaux dans le rumen et de la dégradation anaérobie des déjections animales. Selon le Centre interpro­fessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique, l’agriculture et la sylviculture sont responsables de 67 % des émissions de CH4 en France, intégralement imputable à l’élevage. Quant au protoxyde d’azote, ses émissions résultent en grande partie de la transformation des produits azotés sur les terres agricoles, les engrais, le fumier, le lisier et les résidus de récolte. L’agriculture serait responsable de 90 % des émissions de protoxyde d’azote, dont 6 % sont attribués au secteur de l’élevage.

De 5 % à 14,5 %

Autre chose est la contribution au changement climatique de l’agriculture et de l’élevage. Ici les émissions de GES sont converties en équivalent CO2, sachant que le pouvoir réchauffant du méthane est 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone et celui du protoxyde d’azote : 298 fois. Selon le Groupe d’experts gouvernemental sur l’évolution du climat ( Giec ), l’agriculture contribuerait pour 10-12 % au réchauffement climatique dans le monde, la part de l’élevage étant comprise entre 6,6 % et 7,9 %. Pour la France les chiffres seraient respectivement de 19 % et de

9 % ( 10,3 % et 5 % en Europe ). Si l’on considère non pas l’élevage en tant qu’activité économique, mais les émissions générées lors de la production d’un kilo de viande en partant de l’aliment donné au bétail jusqu’à la fabrication de la barquette pour distribuer la viande au consommateur, la contribution de la viande bovine serait de 6 % aussi bien en France que dans le monde, contre 14,5 % pour l’ensemble des productions de protéines animales ( viande/lait/oeuf ).

Jusqu’ici, il n’a pas été tenu compte de la capacité des sols à stocker du carbone et donc du bilan émission/ absorption. Son accumulation dans la terre se fait par la matière orga­nique issue des feuilles mortes et des racines. On estime qu’en moyenne en Europe, les prairies permanentes permettent un stockage annuel de 760 kilos de carbone par hectare, soit plus de 30 % des émissions de l’élevage. Cette fixation biologique du carbone par les sols et par les prairies en particulier présente un fort intérêt dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est l’objet du programme 4 pour 1 000 qui vise à augmenter dans cette même proportion les stocks de carbone dans les sols de la planète. Et si l’objectif était atteint, la séquestration du carbone dans le sol permettrait de neutraliser la totalité des émissions de GES et limiter l’augmentation de la température à + 1,5/2°C comme recommandé par le Giec.

 

Elevage et transport

Une comparaison faussée

« Dans le monde, l’élevage émet plus de gaz à effet de serre que les transports ». Cette affirmation largement médiatisée est fausse. Elle provient d’une comparaison entre les chiffres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ( Giec ) et ceux de la FAO. Pour l’un, les émissions du secteur des transports représentent 14 % des GES mondiaux. Pour l’autre, 14,5 % des émissions mondiales sont imputables à l’élevage et ses filières. Or, ces deux institutions ne mesurent pas les mêmes impacts, ce qui fausse la comparaison. Le Giec calcule les émissions de GES par grand secteur d’activités : énergie, transport, industrie, bâtiment, agriculture. Les émissions agricoles incluant l’élevage, concernent donc uniquement l’acte de production. Pour les transports, seules les émissions liées à leur utilisation sont prises en compte. Alors que la FAO comptabilise les émissions de GES tout au long de la filière : de l’alimentation du bétail jusqu’à la fabrication des emballages pour commercialiser la viande, le lait ou les oeufs. Ce sont donc les phases de production, transformation et distribution qui sont retenues. Le périmètre de la FAO est donc bien plus large que la seule activité d’élevage : il englobe aussi les émissions liées au secteur du bâtiment, de l’industrie, des transports et de l’énergie

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