Comment tromper le consommateur et voler le producteur ?

3 mars 2015
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Point de vue de Légumes de France

A grand renfort de messages sur les ondes radios, à la télévision, dans la presse écrite et autres supports publicitaires, Intermarché tente de faire croire à qui veut l’entendre que l’enseigne est devenue le pionnier de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Difficile de classer ce message, entre simple mensonge et escroquerie organisée.

Intermarché explique qu’en consommant des carottes dif­formes ou des pommes tavelées, le consommateur participera active­ment à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Le message pourrait être recevable a priori. Sauf que ces écarts de tri pourraient, et trouvent déjà, d’autres fins que la consommation humaine. Mais le gaspillage alimentaire est bien plus problématique lorsqu’il concerne des produits sains et conformes qui, malmenés dans les rayons de la distribution, vendus en condi­tionnements inadaptés, finissent dans la poubelle du consommateur car pourris avant d’avoir pu être consommés.

Ces produits-là ont été cueillis, triés, lavés, conditionnés, transportés, parfois conservés sous atmosphère ou température contrôlée pour, au final, finir à la poubelle. Ça, c’est du gaspillage ! Que fait Intermarché pour lutter contre cette forme de gaspillage ?

Probablement rien ! Au mieux, pas grand-chose.

Mais pourquoi cette campagne ? La réponse est simple : profiter de la crédulité du consommateur pour pressurer, un peu plus encore, le producteur. Le message publi­citaire est bien étudié. En cette période de crise, ou chacun est sensible aux économies qu’il peut réaliser, tout en veillant à l’impact sociétal et environnemental de son comportement, proposer à bas prix des produits qui, normalement, ne devraient pas entrer dans les cir­cuits de commercialisation, semble répondre pleinement à l’attente du consommateur.

Mais là n’est pas le souci premier du distributeur.

Le distributeur est là avant tout pour le profit, le profit, et unique­ment le profit. En saisissant au vol cette pseudo attente sociétale, Intermarché rend probablement service à une infime minorité de producteurs auxquels il aura acheté les produits moches. Vendre, même à un prix ridicule, des produits qui ne sont habituellement pas valorisés, semble toujours être une bonne affaire. Mais quid des autres fournisseurs qui, pour garder leur place dans ce marché bradé, en sont quittes pour baisser sensiblement le prix des produits de qualité qu’ils produisent ? Globalement, la cam­pagne d’Intermarché n’aura pour seules conséquences que la dévalo­risation de l’image des fruits et des légumes auprès du consommateur, et un renforcement des marges du distributeur.

Aucun effet bien évidemment sur le gaspillage alimentaire, puisque, en 2015 comme en 2014, des produits de qualité saine, loyale et marchande, seront mis au retrait dans le cadre des programmes communautaires. Aucun bénéfice pour le consom­mateur qui, certes, aura peut-être payé son produit un peu moins cher mais aura plus de déchets lors de l’épluchage par exemple. Quant aux producteurs, ils sont une nouvelle fois les victimes de l’appétit sans fin de la distribution, forcés de diminuer encore leurs marges pour garantir encore plus de profit au cartel de la GMS.

Plus qu’un simple mensonge donc, une véritable escroquerie.

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