L’avenir de l’arboriculture française passera par le collectif

3 mars 2015
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Partant d’un constat préoccupant, l’érosion du verger français continue depuis une dizaine d’années, le Ministère de l’Agriculture avait commandité une mission pour inscrire l’arboriculture française dans la durée. Les leviers d’action proposés supposent une concertation et une organisation renforcées au sein de la filière.

Entre 2000 et 2013, le verger français est passé de 175,7 à 145,7 milliers d’hectares, entraînant une diminution de plus de 30 % des volumes produits. Le déficit de la balance commerciale a ainsi atteint 2,05 milliards d’euros en 2013, contre 1,6 milliard deux ans plus tôt. Ce constat est d’autant plus inquiétant que si l’arboricul­ture concerne 1 % de la surface agricole française et 4 % des exploitations, elle génère 21 % de l’emploi agricole total. Devant la nécessité d’inverser la tendance, le ministère de l’Agriculture a confié à Régis Hochart, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) une mission pour réfléchir à l’avenir de l’arboriculture française. Son rapport, remis à Stéphane Le Foll le 20 janvier, souligne les enjeux pour assurer des conditions de revenu et d’exercice du métier satisfaisantes pour les producteurs, tout en répondant aux exigences accrues des consommateurs.

S’organiser pour surmonter les faiblesses

L’arboriculture française bénéficie de nombreux atouts, comme son savoir-faire, son image de qualité ou encore son terroir propice à la production de fruits, mais elle reste handicapée par la complexité de sa filière économique. La forte dépendance aux aléas climatiques, la concurrence accrue de fruits étrangers au coût de production plus faible, le manque de connaissance ( concernant les surfaces plantées, par exemple ) favorisent les compor­tements spéculatifs et individuels des producteurs. Or, ce manque de coordination empêche de proposer une offre structurée, dont témoigne également le recours mitigé aux organisations de producteurs ( OP ). Ces dernières ne regroupent que 50 % des arboriculteurs, sans progression notable, et devraient selon Régis Hochart assumer davantage leur fonction commerciale. Le regroupe­ment apparait également nécessaire pour peser face aux opérateurs de la transformation et de la commer­cialisation, en tant qu’employeurs pour faciliter l’emploi local au lieu de recourir à des officines qui fournissent une main d’oeuvre essen­tiellement étrangère, ou encore pour mener efficacement des actions de promotion. Le rapport souligne en effet une baisse de la consommation de fruits frais, qu’une plus grande communication de la filière pourrait enrayer en mettant en avant l’origine française, les vertus sanitaires, mais aussi en redonnant au fruit sa place de dessert progressivement perdue au profit des produits transformés.

Local, industrie et export des perspectives

La demande en produits locaux reste cependant importante, ce qui incite à développer les circuits courts et la restauration hors domicile. L’image des produits français doit donc être valorisée, par exemple à travers l’identification territoriale ou les signes de qualité, des atouts pour accéder aux débouchés existants mais qui nécessitent là encore, une réorganisation. L’exportation peut se développer, à condition de regrouper l’offre, de développer des structures adaptées et de connaître les volumes de façon anticipée. Autre perspective, la fourniture de fruits français à l’industrie qui y trouverait un moyen de sécuriser ses approvisionnements en qualité et en quantité, tout en valorisant la provenance. Des vergers dédiés à l’industrie seront à mettre en place dans une dynamique de réorganisation plus générale, notamment en matière de protection des cultures.

En effet, les enjeux environne­mentaux et sociaux de la réduction des phytosanitaires sont une priorité de la filière en matière d’image et de durabilité. Le rôle de la recherche, qui par le passé s’est beaucoup concentrée sur les variétés productives mais plus fragiles face aux maladies, est primordial. Enfin, la replanta­tion de vergers dans des zones où l’arboriculture a progressivement disparu permettrait d’installer de nouveaux arboriculteurs et de relancer la production, mais aussi de faire vivre les territoires, grâce à des aides du type ICHN pour les terrains accidentés. Au regard des enjeux économiques, Régis Hochart insiste finalement sur la nécessité d’une gouvernance repensée, « qui ne peut s’offrir le luxe de querelles syndicales récurrentes », et qui devra se déployer aux niveaux local, régional, et national. Le rap­port propose ainsi de renforcer le fonctionnement interprofessionnel, notamment en regroupant à terme les deux interprofessions Interfel et Anifelt, et en laissant une place plus importante aux opérateurs économiques. Les conclusions de ce rapport pourront servir de base aux réflexions des Assises des fruits et légumes prévues à l’automne.

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