Lait : 2015 s’ouvre sur une conjoncture difficile

19 janvier 2015
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La fin des quotas laitiers européens prévue le 1er avril prochain approche à grands pas, entraînant une incertitude quant à l’avenir du secteur. Qu’en est-il de la production en Europe et dans le monde à l’aune de 2015 ?

Pour Phil Hogan, commissaire européen à l’Agriculture, la situation actuelle de la filière laitière n’est pas une crise. Le repli constaté fait suite à une période de prix très élevés qui a conduit à une forte augmentation de la production en 2014. Un dyna­misme de la production de lait qui s’est confirmé partout dans le monde, favorisée par l’absence d’accident climatique majeur, ce que constate la dernière note de conjoncture du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière ( Cniel ) parue en décembre.

Augmentation généralisée de la production

Sur les 10 premiers mois de 2014, l’augmentation de la production s’est montrée très soutenue chez les principaux producteurs : + 10,5 % en Nouvelle-Zélande, + 5,1 % dans l’Union européenne, + 4,3 % en Australie. A l’exception de la Grèce et de l’Espagne, tous les pays européens ont augmenté leur production, en particulier la Roumanie ( + 14,7 % ), les pays Baltes ( + 8 à + 11 % ) et le Royaume-Uni ( + 9,1 % ). L’UE dépasse ainsi de 1,43 milliard de litres les quotas prévus pour l’année, les prix incitatifs ayant conduit huit pays ( Allemagne, Pays- Bas, Pologne, Danemark, Autriche, Irlande, Luxembourg et Chypre ) à ne pas respecter leur quota contre 409 millions d’euros de pénalités. Pour 2015, la menace de pénalités records se profile, alors même que les prix sont moins favorables. Face à cette perspective, certains pays européens ont déjà amorcé une baisse de production. La collecte européenne montre ainsi des signes de ralentissement, comme en Allemagne, où les derniers son­dages font état d’une croissance de 0,05 % seulement en novembre dernier. La France a connu en 2014 une pro­gression très nette de sa collecte avec + 6,5 % sur les 10 premiers mois, mais suit une tendance similaire à celle de l’Allemagne et semble rejoindre le niveau moins élevé de 2013, en cohérence avec la baisse des prix. Si FranceAgriMer évalue le prix standard du lait de vache à 358 € / 1 000 L en octobre, soit 7 % de plus qu’en 2013, 2015 devrait connaître des prix un cran en dessous. La légère tendance baissière des charges de production, principalement due au coût moins élevé des aliments pour animaux, n’a pas joué sur les prix, contrebalancée par l’augmentation des frais vétérinaires et d’entretien.

Perspectives

Au niveau mondial, si des prix plus bas annoncent une perspective difficile pour 2015, pour Benoit Rouyer, économiste au Cniel, il reste « difficile d’estimer l’ampleur et la durée du flottement ». Les poudres de lait sont actuellement impactées par la chute des cours, avec des niveaux de prix inférieurs au minimum atteint en 2012, mais le beurre connaît une perspective plus favorable. « Un retournement de tendance est tout à fait envisageable », ajoute Benoit Rouyer puisque la demande mondiale reste forte. Pour tirer profit de ces opportunités, la France a d’ailleurs demandé à la Commission européenne d’améliorer l’observatoire européen pour anticiper davantage les fluctuations du marché aggravées par l’embargo russe, de développer un suivi des marchés mondiaux, et un suivi conjoint du secteur laitier et de celui des marchés de la viande bovine qui y est corrélé. La fin des quotas laitiers est également un défi quant au maintien des exploitations laitières dans les zones défavorisées. Soutenue par l’Espagne, la Finlande et la Belgique, la France doit néanmoins convaincre un certain nombre d’Etats membres ( Pays-Bas, Danemark, Suède… ) de la nécessiter de renforcer les outils en place.

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