Rencontres parlementaires : la compétitivité gage de durabilité pour l’agriculture française !

23 décembre 2014
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Bien que l’agriculture française possède des atouts reconnus partout dans le monde, force est de constater sa perte de vitesse en matière de compétitivité. Les Rencontres parlementaires pour l’agriculture et l’alimentation durable ont évoqué le 3 décembre les moyens d’inverser la tendance.

Forte de sa longue tradition agricole et de sa vocation humaniste héritée des Lumières, la France aurait du mal à se détourner du défi des 9 milliards d’êtres humains à nourrir en 2050, pour des raisons morales et surtout économiques. Mais si l’agri- culture a besoin d’être compétitive, c’est avant tout pour éviter à terme de disparaître, emportant avec elle des bénéfices multiples et méconnus comme le maintien de l’emploi sur le territoire, la contribution économique d’une balance commerciale excédentaire ou encore l’entretien des paysages. Sans compter que, soumise à des normes de sécurité sanitaires et environnementales parmi les plus strictes au monde, l’agriculture française produit une alimentation dont la qualité est prisée bien au-delà des frontières. L’enjeu de sa valorisation n’en est que plus vaste : « le modèle alimentaire français est un atout, dans sa qualité, sa diversité et sa sécurité », mais aussi « sur le plan du bien-être et de la convivialité » fait remarquer Guillaume Garot, député de la Mayenne et ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire, en introduction des 10e Rencontres parlementaires pour l’agriculture et l’alimentation durable organisées le 3 décembre à Paris.

Oui, compétitivité rime avec diversité

Mais la recherche de compétitivité n’est-elle pas une menace pour ce modèle alimentaire exigeant ? L’esprit de compétition peut entraîner à tirer les prix vers le bas au détriment de la qualité sanitaire comme environnementale, s’alarme Brigitte Allain, députée de la Dordogne et co-présidente du groupe d’études « Politiques de la ruralité ». Opposant une agriculture conventionnelle, consommatrice de pesticides à outrance et « qui s’autodétruit », à une agriculture biologique seule à même de préparer l’avenir, ses propos parfois caricaturaux voire inexacts ont été largement contrebalancés par les autres participants. Eleveuse de porcs dans le Maine-et-Loire et vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert rappelle que « dans la majorité des secteurs, on est en train de réduire les intrants pour produire plus avec moins ». « L’agriculture française n’est ni Apocalypse Now ni la Petite maison dans la prairie », renchérit- elle. Pour Marc Le Fur, député des Côtes-d’Armor, vice-président de l’Assemblée nationale, « il n’est pas nécessaire pour un modèle existant d’assurer sa promotion en dénigrant les autres », d’autant que les produits issus de l’agriculture biologique ne sont aujourd’hui pas accessibles à une grande partie de citoyens aux revenus modestes.

Lever les freins à l’innovation

Pour préserver cette diversité qui fait la force de l’agriculture française, une réponse unanime : l’innovation. Eugénia Pommaret, directrice générale de l’UIPP, explique que les entreprises du secteur consacrent chaque année environ 10 % de leur chiffre d’affaires à la recherche et au développement pour « mettre en marché une diversité de produits » correspondant à l’ensemble des besoins de l’agriculture française, conventionnelle comme biologique. Même préoccupation du côté de l’Unifa, dont le délégué général Gilles Poidevin regrette qu’en France, le principe de précaution ne soit pas appliqué sous l’angle « de l’évaluation coût / bénéfice ». Les normes françaises, majoritairement plus contraignantes que la réglementation européenne, engendrent une distorsion de concurrence et un allongement des délais d’autorisation de mise en marché pour les nouveaux produits, ces derniers étant disponibles plus tôt dans les pays concurrents. « Sortons de cette phobie de l’innovation qui nous paralyse ! », demande Christiane Lambert. Le débat est sensible, étant donnée la pression sociétale qui s’exerce de plus en plus sur ces questions alimentaires. « L’entrepreneur agricole n’a pas de chance car son usine est à ciel ouvert, visible par tous », commente Jean-Charles Taugourdeau, député du Maine-et- Loire. Et pourtant, selon un sondage Ifop de septembre 2014, les Français ont globalement une image positive de leurs agriculteurs. « Dans mon programme électoral, je m’engageais à installer un agriculteur dans ma ville : c’est sans doute la mesure sur laquelle j’ai eu le plus de succès », témoigne Sophie Primas, sénateur et élue maire d’une commune de l’Ouest parisien en mars dernier, en saluant la progression de l’agriculture périurbaine. Preuve que si pour améliorer la compétitivité de l’agriculture, l’innovation est indispensable sur les plans technique et scientifique, elle est également nécessaire dans la construction de nouveaux rapports avec un consommateur demandeur de proximité. Une proximité qui permettra peut-être de faire reculer les craintes et les clichés qui crispent le débat avec des citoyens majoritairement urbains.

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